Contre la réforme du bac et des retraites

Un cortège funéraire a rejoint la DSDEN à travers les ruelles piétonnes de Mende en hommage à une Education Nationale moribonde maltraitée par de multiples réformes néfastes et pour dénoncer les conséquences du projet de réforme des retraites à points qui ajoutera à la paupérisation des personnels de  l’Education Nationale.

Les manifestants ont déposé devant l’inspection leurs vieux outils obsolètes et ont accroché des banderoles dénonçant les réformes, le projet de retraite à points, la revalorisation proposée par le ministère sous condition et le manque de considération de JM Blanquer pour l’Ecole et ses personnels.

 

Monsieur le Ministre,

Lors de votre intervention de dimanche 19 janvier sur France Inter, vous avez tenu des propos déplacés et graves à l’encontre des enseignants et personnels grévistes et de toutes les personnes mobilisées.

Vous avez parlé de « personnes radicalisées dans la violence, dans des actions de type anti-démocratique ». Vous avez employé les termes de « minorité radicale » à propos des blocages d’E3C et des jets de manuels. Nous, personnes mobilisées contre cette réforme des retraites, contre la réforme du Bac, contre la tenue des E3C, contre la loi de l’école de la confiance et contre la loi de transformation de la fonction publique sommes des professeurs, des fonctionnaires de l’Etat.

Nous portons au quotidien les valeurs de la République auprès des futurs citoyens de ce pays. Beaucoup parlent de notre profession comme d’un sacerdoce. Les principes de démocratie, la liberté, l’égalité, la fraternité, la solidarité, la laïcité sont au centre de nos vies professionnelles et personnelles. Nous traiter de radicalisés, d’ennemis de la démocratie et de la République revient à mépriser notre engagement auprès des élèves et mépriser notre place dans la société.

Nous avons à coeur d’être compris et entendus de l’opinion publique.

Vous faites appel à la culture et à l’Histoire pour discréditer nos actions mais l’Histoire et la culture sont jalonnées de ces actions au nom de la démocratie et au nom de la République.

 En quoi jeter de vieux manuels obsolètes sur le sol est-il anti-démocratique ?

En quoi occuper des lieux administratifs de l’Education Nationale est-il anti-démocratique ?

En quoi questionner la pertinence d’une réforme pour l’avenir de la nation est-il anti-démocratique ?

Nous souhaitons revenir sur les actions de dépots de manuels qui ont fait grand bruit. Non, mettre au rebut des livres n’est pas « une négation de la dignité du métier ». Non, mettre au rebut des manuels ne fait pas de nous des totalitaristes puisque vous le laissez entendre. Ces manuels sont obsolètes, issus de programmes révolus, leurs contenus pédagogiques et scientifiques sont inexploitables dans de nombreuses disciplines… à cause de vos réformes.

Ces manuels ne manqueront à personne, ils ne nous empêcheront pas de continuer à faire notre travail.

Nous accuser de jeter et piétiner le savoir et la culture, c’est faire semblant d’ignorer nos luttes quotidiennes pour obtenir des budgets d’achats, organiser des sorties, permettre à nos élèves d’élargir leur horizon. Combien sommes-nous à partager nos ouvrages personnels avec nos élèves, à acheter des livres sur nos deniers personnels pour eux, à les prêter, à les donner ?

Vous parlez également d’« effet de loupe » sur une « minorité radicale ». Vous affirmez que le soutien aux réformes est majoritaire et que ceux qui s’y opposent « cultivent le conservatisme, l’immobilisme et les inégalités ». Ces affirmations sont la preuve de votre incapacité à écouter ce que vous disent les enseignants depuis deux ans.

En effet, notre quotidien n’est fait que de recherches éternelles de solutions pour le progrès de nos élèves. Mise en place de PAP, de PAI, de PPRE, de tutorat, de suivi individualisé, de pédagogie différenciée, chaque jour est un recommencement afin de réduire les inégalités.

Et pourtant !

 Chaque enquête PISA souligne que l’école française est une machine à broyer. Nous sommes les mauvais élèves de l’Europe. Nous sommes fragiles en langue et nuls en mathématiques. Nous sommes apparemment incapables d’aider nos élèves, mais nous sommes aussi mal payés et mal considérés au regard de notre engagement au service de la réussite des élèves et de notre temps de travail.

Vous dites vouloir des résultats mais sans donner les moyens suffisants alloués à nos missions. Ainsi les DGH tombent les unes après les autres, et toutes se ressemblent. Moins d’heures, moins de moyens, moins de postes et toujours plus de missions, plus d’élèves, plus de contraintes.

Quant aux  E3C. Vous attendez de nous la tenue d’épreuves nationales avec une mise en œuvre locale sans concertation ni organisation.

Nous exerçons un métier qui pèse sur notre santé, sur notre moral, sur notre vie privée. Dès le début de notre carrière, notre motivation et notre engagement sont mis à rude épreuve.

Nous voulons rappeler aujourd’hui la fin tragique de Christine Renon, de Jean Willot et de tous ceux qui nous ont quittés du fait de conditions de travail dégradés et du fait de la perte de sens de notre métier pourtant passionnant.

 Les chiffres des démissions et ceux des inscrits aux concours soulignent cette tendance au désespoir et à l’abandon du plus beau métier du monde.